Je ne veux plus me cacher

Pendant le confinement de 2020 instauré en réponse à la pandémie de COVID-19, l’accès aux personnes vivant avec le VIH/sida était devenu plus difficile.
Un diagnostic de séropositivité au VIH ne devrait pas être l'équivalent d’une condamnation à mort. C’est la conviction de Maman Sylvie, une femme congolaise séropositive de 47 ans qui vit à Brazzaville et vient en aide aux personnes vivant avec le VIH/sida en République du Congo.
Sylvie a été diagnostiquée séropositive il y a 15 ans. "J'étais enceinte à l'époque et je suis allée à l'hôpital pour une consultation prénatale", raconte-t-elle. "Il y avait une vingtaine de femmes à la consultation ce jour-là, mais j'étais une des deux seules femmes à accepter de subir un test de dépistage du VIH".
L’annonce du résultat a été un véritable choc pour Sylvie. "Je me suis effondrée, j’avais l’impression que ma vie allait s’arrêter", se souvient-elle.
"Un des membres de ma famille avait même commencé à organiser mes funérailles, mais moi je savais que je n’étais pas près de mourir", raconte Sylvie. "Cela a pris du temps, mais j'ai fini par accepter la maladie et j'ai compris qu'avec de la discipline, je pouvais vivre avec le virus".
Sylvie a gardé le secret sur son statut sérologique pendant de nombreuses années de peur d’être stigmatisée. "Au final, le rejet et la méfiance font encore plus de mal que la maladie elle-même", soupire-t-elle. "Beaucoup de gens associent la maladie à la prostitution, ce qui est faux".
Un rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de la société de sondage d’opinion Gallup International, publié le 30 novembre, a souligné la persistance de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH, notamment dans le monde du travail.
Malgré une certaine amélioration de l’acceptation de la maladie depuis le début de l’épidémie de sida, il y a de cela plus de 40 ans, une enquête menée auprès de 55.000 personnes dans 50 pays a révélé que seule une personne sur deux sait que le VIH ne peut pas être transmis par la simple utilisation commune d’une salle de bain.
Décidée à aider les personnes confrontées à la même situation qu'elle, Sylvie s’est engagée auprès des personnes vivant avec le VIH/sida. Cette ancienne vendeuse de raviolis locales travaille aujourd’hui comme médiatrice communautaire dans un centre d’aide aux personnes infectées et affectées par le VIH/sida. Elle aide à orienter et à soutenir les patient(e)s.
"Je me sers de ma propre histoire pour expliquer aux gens qu'on peut vivre avec le virus", dit-elle.
L’ONG pour laquelle travaille Sylvie bénéfice du soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (Fonds mondial).
L’équipe du centre œuvre également à prévenir les interruptions de traitement, qui peuvent causer l'échec d’un traitement ou engendrer une résistance aux médicaments antirétroviraux (ARV).
Pendant le confinement de l'année dernière instauré en réponse à la pandémie de COVID-19, l’accès aux personnes vivant avec le VIH/sida était devenu plus difficile.
"Nous nous sommes organisés pour rendre le traitement disponible pendant cette période", explique Sylvie. Pour faire face aux restrictions de déplacement, Sylvie et ses collègues ont pris le parti de se rendre chez les personnes séropositives, afin d’éviter à tout prix qu’elles n’interrompent leur traitement.
En février de cette année, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en République du Congo a reçu du Fonds mondial plus de trente millions de dollars américains dans le cadre d’un projet d'appui au renforcement de la riposte nationale au sida, à la tuberculose et au paludisme.
Ce financement vise à renforcer l'accès aux services de prévention et de traitement du VIH, de la tuberculose et du paludisme et à créer des dispositifs de santé résilients et durables. Un des objectifs clés ciblés par ce financement est d'augmenter de manière significative le nombre de personnes, et plus particulièrement de femmes enceintes, ayant accès à un traitement antirétroviral.
Fort de son expertise en la matière, le Programme ONUSIDA a appuyé l’élaboration de la demande de financement soumise par le Congo au Fonds mondial. En tant que membre du Comité de coordination nationale des projets financés par le Fonds mondial, ONUSIDA accompagnera également la mise en œuvre du projet.
"Beaucoup de gens ont perdu leur emploi à cause de la pandémie de COVID-19 et ont sombré dans la précarité. Des enfants ont été abandonnés par leurs familles après la mort de leurs parents. Les colis alimentaires distribués par le PNUD sont devenus indispensables pour toutes celles et tous ceux qui n'ont plus les moyens de manger à leur faim", explique Sylvie.
"Je suis convaincue qu'au cours de la dernière décennie, des efforts importants ont été faits. Nous sommes vivants parce que ces efforts se poursuivent. Se sentir pris en compte par l'État est quelque chose de réconfortant. Aujourd’hui, la lutte continue, mais sans la stigmatisation qu’on a subie dans le passé. En ce qui me concerne, je ne veux pas me cacher", insiste Sylvie.
Le montant des nouvelles subventions accordées par le Fonds mondial s'élève à plus de 64 millions de dollars américains, soit près du double du montant alloué lors du cycle triennal précédent. Ces fonds couvriront la période 2021-2023. En partenariat étroit avec le ministère de la Santé, le PNUD mettra en œuvre les activités prévus dans le cadre de la subvention accordée pour la lutte contre le VIH/sida et la tuberculose. Pour sa part, l’ONG Catholic Relief Services assurera la mise en œuvre des activités financées par la subvention accordée pour la lutte contre le paludisme.
En République du Congo, pays qui compte cinq millions d’habitants, le taux de séroprévalence de l’infection au VIH est de 4,8% pour les femmes âgées de 15 à 49 ans et de 1,9% pour les hommes appartenant à la même tranche d’âge. Malgré les progrès importants réalisés au cours des dix dernières années au Congo en matière de lutte contre le VIH/sida, de nombreux défis subsistent et le pays risque de ne pas atteindre les objectifs qu’il s’est fixés dans le cadre de ses engagements internationaux en matière d’élimination de l’épidémie de VIH d’ici à 2030.